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Interview de Pierre Ferracci, Président du Groupe ALPHA

Traits d’Union : En quoi les dispositions de la réforme de la formation professionnelle peuvent-elles devenir un sujet de dialogue social et de négociation ?

Pierre Ferracci : Le débat parlementaire n’est pas encore achevé mais j’espère que cette question du dialogue social et de la négociation autour de la formation et de l’évolution professionnelles franchira un véritable pas, non seulement au Parlement, mais surtout dans les entreprises. Il faut créer les conditions pour que la formation professionnelle devienne un sujet de débat à part entière parce que la stratégie des entreprises ne peut plus se concevoir sans une connaissance fine des métiers qui seront impactés, de ceux qui sont en émergence et de ceux pour lesquels un accompagnement spécifique doit être prévu. Surtout à l’ère de la transformation numérique. Dans le cadre fixé par les dernières évolutions législatives, il faut ainsi rapprocher, au travers d’un dialogue social enrichi, la stratégie de l’entreprise et sa stratégie RH, avec sa déclinaison dans les programmes de formation qui en découlent. La discussion et, même, la négociation du plan de formation n’ont de sens que si les incidences de la stratégie de l’entreprise sur la gestion des personnes et de leurs compétences sont correctement analysées.

TdU : Comment les acteurs de l’entreprise peuvent-ils s’emparer de la nouvelle gouvernance proposée par le texte de loi ?

PF : La gouvernance de la formation professionnelle est extrêmement complexe mais je ne suis pas sûr que la voie choisie soit la plus à même d’apaiser le débat. Tous les acteurs impliqués dans la formation professionnelle doivent pouvoir y contribuer pour le renforcer. C’est d’ailleurs plus une question de coordination que de leadership. Et qui dit coordination, dit implication d’acteurs, tels que les régions, l’Education nationale, les partenaires sociaux et les branches, pour des résultats, entre autres, en termes d’offre de formation sur les bassins d’emplois. Car, sans une offre de formation de qualité, la meilleure des politiques n’a pas beaucoup de sens. Ce qui est certain, c’est que les entreprises, beaucoup plus que par le passé, vont être concernées, bien au-delà du formalisme antérieur, par les exigences de la construction d’une véritable politique d’élévation des compétences. Les représentants du personnel et les organisations syndicales vont également devoir se préoccuper davantage de ces questions. Et, dans le cas de la mise en place d’un conseil d’entreprises, ils disposeront même, dans le cadre de l’avis conforme, d’une forme de droit d’opposition en cas de carence de l’entreprise.

TdU : Des inquiétudes s’élèvent quant à l’accompagnement dont les salariés bénéficieront pour s’emparer du nouveau CPF. Qu’en pensez-vous ?

PF : Dans le texte en examen au Parlement, le salarié, grâce au CPF et aux droits qu’il lui procure, excellente chose au demeurant, est en même temps plus responsable qu’auparavant de son parcours professionnel, ce qui soulève indéniablement des questions quant au devenir de son employabilité. Est-ce à dire que l’entreprise n’en sera plus responsable ? Non, bien sûr. Quelles conséquences en termes d’équité, sachant que beaucoup de salariés, et souvent les moins qualifiés, ont du mal à se saisir des opportunités de formation ? Il faudra veiller à leur accompagnement efficace pour éviter qu’une idée généreuse, comme le DIF auparavant, ne bénéficie que faiblement à ceux qui en ont le plus besoin.

 


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ECLAIRAGE : Faire de la formation professionnelle un réel sujet de dialogue social

3 QUESTIONS A... 

L'INTERVIEW DE PIERRE FERRACCI, Président du Groupe ALPHA

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