Posté le Mercredi 3 octobre 2018 |
Hélène Warein / Patrick Loire |

Réorganisation de la fonction publique et risques psychosociaux : le cocktail explosif

Le « fonctionnaire bashing » est à la mode, et dans l’opinion publique, la notion de risques psychosociaux s’accorde mal avec l’image d’un fonctionnaire sous-chargé et protégé des aléas socio-économiques par la sécurité de l’emploi que lui octroierait son statut.
Réorganisation de la fonction publique et risques psychosociaux : le cocktail explosif

Notre expérience de plusieurs années d’accompagnement des CHSCT de la fonction publique en matière de prévention et de préservation des conditions de travail et des actualités récentes dramatiques dans plusieurs administrations montrent que la réalité est bien différente et plus complexe. Et que le secteur public est pourvoyeur de risques psychosociaux pour ses agents en lien notamment avec une culture très particulière de ses réorganisations.

En effet, les réorganisations dans la fonction publique sont générées par un calendrier politique qui ne se soucie que très peu de leur mise en œuvre opérationnelle. Des changements aussi fondamentaux que la fusion des régions, les transferts de compétences entre différents niveaux de collectivités publiques, le non remplacement de dizaines de milliers de fonctionnaires – donc de suppressions d’emplois – sont décidés « d’en haut » selon un agenda politique qui doit s’inscrire dans une urgence de communication électorale. La traduction opérationnelle de ces décisions politiques – mobilités d’agents, formation à de nouveaux métiers, disparition ou apparition de nouvelles missions… - en constitue un véritable angle mort. Avec l’idée sous-jacente que « l’intendance suivra », quelle que soit la faisabilité des changements organisationnels dans un calendrier souvent irréaliste.

Tout repose donc sur « l’intendance », c’est-à-dire l’encadrement de proximité ou intermédiaire, qui doit décliner ces injonctions politiques en plan d’actions opérationnel. Et ce, avec très peu de marges de manœuvre d’adaptation du cadre – le statut même d’agent public impliquant d’appliquer les politiques décidées par le législateur-, et avec des outils et des méthodologies de conduite du changement rarement suffisamment développés.

Et « les troupes suivront »…

Avec pour conséquences sur les « troupes » des agents, des réorganisations mal préparées et génératrices de RPS  : pas ou peu d’anticipation des surcharges liées aux changements et des formations nécessaires à l’acquisition de nouvelles compétences, pas ou peu d’espace d’échanges sur l’évolution du périmètre des missions, pas ou peu de réponses données au sentiment grandissant de la perte de sens de la mission de service public, etc.

Il semble que le chemin vers une meilleure prise en compte des conditions de travail des agents et de leur « travail réel » dans le cadre des réorganisations incessantes de la fonction publique soit encore long. En témoigne la gestion de la réforme CAP 2022, présentée comme le prochain « big bang » censé bousculer le mammouth, après la RGPP de Nicolas Sarkozy et la MAP de François Hollande. D’un côté, le Premier ministre estime que CAP 2022 représente justement un nouveau cap dans la méthodologie de réorganisation de la fonction publique : « Durant trop longtemps, on a recherché les économies avant de penser l’organisation […]. La démarche Action publique 2022 propose l’inverse », a-t-il expliqué en conférence de presse en octobre dernier, laissant croire à une démarche de réorganisation partant du travail de terrain des agents publics. De l’autre, la circulaire de présentation du programme de septembre 2017 précise qu’ « Action publique 2022 » vise avant tout à « accompagner rapidement la baisse des dépenses publiques avec un engagement ferme : réduire de trois points la part de la dépense publique dans le PIB d’ici 2022 ».

Comment les programmes électoraux des prochaines élections du 6 décembre 2018 aborderont-ils ces enjeux ?

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