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Eclairage

La sous-traitance dans le secteur aéronautique : problématiques et enjeux

Pour accroître leur compétitivité, les constructeurs se recentrent sur leur coeur de métier et mettent en place des processus globaux, intégrant les sous-traitants et fournisseurs dans le cycle de conception et de production des produits. Le donneur d’ordres est au centre de l’ « entreprise étendue » (supply chain), composée de sociétés capitalistiquement indépendantes,mais liées par des objectifs communs. Soucieux de maîtriser sa chaîne, le constructeur fixe les règles d’une gestion performante, imposée à ses prestataires, tout en leur transférant les risques techniques, financiers et commerciaux. Cette mutation radicale des relations entre donneurs d’ordres et sous-traitants peut fragiliser l’emploi industriel si elle est imposée et non accompagnée. Revue de détail du secteur, avec Dominique Sellier, Directeur de développement, Secafi.

Dans le secteur aéronautique, Boeing a amorcé cette tendance à l’occasion du lancement du B 787, dont 70% de la production a été externalisée. Airbus a réagi en lançant l’A350 XWB qui utilise plus largement la sous-traitance. Pour le constructeur européen, d’une part, ce système d’entreprise étendue permet de mutualiser les coûts de développement et les risques ; Airbus, d’autre part, donne la possibilité à ses partenaires d’être autonomes à terme. Mais le changement peut être très risqué pour les sous-traitants et, même, trop brutal pour le donneur d’ordre, comme ce fut le cas avec Boeing. Engagé dans une mutation similaire avec le plan Power08,mais profitant de sa position de challenger et des déboires rencontrés par son concurrent,Airbus a fait machine arrière, conservant finalement en interne la maîtrise de l’intégration des composants principaux et de certaines aérostructures, jugées coeur de métier. Ces ajustements n’inversent pas la tendance durable vers l’externalisation, avec, d’ores et déjà, de véritables changements dans les relations entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Power08 implique une totale réorganisation de la supply chain. Le nombre de sous-traitants passera de 3 000 à 500 pour la fabrication de l’A350.

 

Les PME concernées doivent atteindre une taille critique et acquérir des capacités de design pour

demeurer un fournisseur de rang. Elles sont tenues de délocaliser une partie de leur activité en zones low cost ou dollar... Les équipementiers de rang 1 et 2 n’ayant pas cette taille critique n’ont d’autre choix que de se regrouper, sans résoudre pour autant le délicat problème du financement. En effet, être partenaire de rang 1 suppose d’autofinancer la R&D et l’industrialisation des sous-ensembles confiés, avec un horizon lointain de retour sur investissement.

Dans ce contexte, on observe trois stratégies adoptées par les PME sous-traitantes. Certaines, exerçant un même métier, se sont regroupées, telle Alliance Aero, née de la fusion de quatre sociétés d’usinage concurrentes pour former un guichet unique face aux donneurs d’ordres. D’autres, exerçant différents métiers, se regroupent selon un processus d’intégration verticale, telle la société AEROTEAM, qui réunit quatre entreprises spécialisées dans différents métiers. Enfin, certaines PME adoptent des stratégies de croissance externe plus offensives. Ainsi, le groupe Airia, petite entreprise créée dans la région lyonnaise, a grossi en procédant à des acquisitions en France et dans le monde. Avec l’incitation à la délocalisation demandée par Airbus à ses sous-traitants, cette politique de développement, très opportuniste, pourrait se multiplier. C’est aussi une stratégie risquée, notamment si la tendance de la parité euro-dollar s’inverse !

Avec quelles conséquences sur l’emploi ?

Power08 entraîne la suppression de 10 000 emplois, dont 5 000 chez Airbus et 5 000 chez les sous-traitants, ainsi que l’externalisation future de 10 000 autres emplois, en raison de la cession probable des sites d’aérostructures. Difficile à ce jour de mesurer les disparitions d’emplois dans la supply chain liées à Power08 : les agences d’intérim et les sociétés de service et d’ingénierie semblent avoir été particulièrement impactées par ces évolutions ; plusieurs PME dans la mécanique ont mis la clé sous la porte.

Cette restructuration de la sous-traitance n’a pas produit d’effets spectaculaires car, pour l’instant, les carnets de commande sont étoffés et l’activité importante. Les mouvements de regroupement des PME sont en partie compensés par la croissance du secteur. Le risque se pose surtout à moyen terme. Le phénomène d’externalisation de l’emploi se conjugue en effet avec un phénomène de délocalisation, y compris dans des emplois qualifiés.

Au-delà des conséquences sur l’emploi, les rémunérations et les acquis sociaux, il existe un risque important pour les entreprises de ne pas maîtriser leur technicité et, pour les régions, de voir s’installer un processus de désindustrialisation.

(Suite du dossier, avec le Point de vue de Dominique Sellier, Directeur de développement, Secafi).

 

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