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Eclairage

Au secours : les LBO repartent

« Les LBO* sont des opérations d'ingénierie financière qui maximisent le profit de l'actionnaire au détriment de l'intérêt de l'entreprise ». Déclaration syndicale ? Prise de position altermondialiste ? Non. Seulement l'avis très autorisé de Jean-Bernard Schmidt, ancien président de la société de capital-risque Sofinnova Partners, également ancien président de l'Association Européenne du capital-développement (Evca), qui a signé une tribune sur le sujet dans le quotidien les Echos du 2 mars dernier. Dans cet article, ce spécialiste s'émeut de la reprise des opérations de LBO « deux ans à peine après la crise, alors que les économies sont encore gravement atteintes ». Car, s'ils étaient tombés en disgrâce en 2008 et 2009 pour cause de crise, les LBO, portés par le niveau particulièrement bas des taux d’intérêt, reviennent effectivement en force depuis quelques mois. « La tendance est repartie très fort, notamment sur la place de Londres, avec des montages financiers très tendus, c'est-à-dire avec beaucoup de dette et peu d'apport en capital » observe Olivier Guillou, associé chez Secafi et responsable du Pôle Industrie. Pour les comités d'entreprise et les organisations syndicales, la vigilance est à nouveau de mise sur ce sujet très sensible.

Ces montages d'acquisition avec effet de levier inquiètent les représentants du personnel. D'une part, parce que le LBO consiste à maximiser la rentabilité, trop souvent au détriment des rémunérations et des conditions de travail : coup de frein sur les salaires et les embauches, intensification de la charge de travail, non renouvellement des départs, remise en cause des avantages acquis... face à des dividendes de plus en plus lourds remontés à la holding pour rembourser la dette d'acquisition. D'autre part, parce que le LBO s'inscrit dans une logique de court terme au détriment du long terme. L’entreprise investit moins, taille dans ses programmes de recherche, ralentit ses efforts de formation et de développement des compétences. L’entreprise sous LBO finit par hypothéquer l'avenir au lieu de le préparer. « Enfin, souligne Olivier Guillou, les salariés sont lassés d'être vendus et revendus comme une marchandise au fur et à mesure des LBO successifs, avec le sentiment que les investisseurs n’ont pas de réel projet industriel et ne guettent que le moment de vendre. Cela questionne le sens de l'engagement au travail : travailler, au mieux, pour rembourser une dette, au pire, pour enrichir une poignée de dirigeants. »

Mais quelle vigilance opérer à l'annonce d'un LBO ? Pour commencer, connaître le montant de la dette, logée dans la holding, les échéances de remboursement, et les rapprocher de la capacité nette de remboursement de l'entreprise. Un travail préliminaire pour lequel les représentants du personnel doivent s'appuyer sur leur expert. « Au moment où un LBO se monte, il faut arriver à avoir une vision de toutes les contraintes qui vont peser sur l'entreprise », explique Olivier Guillou. Il est primordial d'avoir accès au business plan et de pouvoir tester, à partir d’une étude de sensibilité, la capacité de l’entreprise à résister à une baisse des ventes, même temporaire, et à poursuivre le remboursement de la dette. On constate alors que les entreprises ne sont pas toutes « LBO compatibles ». Les entreprises ont d’abord besoin de leur cash pour se développer et investir. Le remboursement de la dette ne devrait venir qu’après.

 

Si le sujet est sensible, c'est aussi parce qu’il pose de manière crue le thème du partage de la plus-value, entre salariés, d'une part, managers et fonds d'investissement, de l'autre. Le plus souvent, les dirigeants sont associés à travers des « management packages » qui leur offrent la possibilité d’encaisser une plus-value importante au moment du débouclage de l'opération. Et, si la transparence est rarement de mise sur le détail des participants, cette situation crée un clivage dans l'entreprise et pose une vraie question sur l'engagement des dirigeants, dont l'objectif en tant qu'actionnaires (maximiser la plus-value) peut aisément entrer en conflit avec l'objectif en tant que managers (assurer une croissance durable et garantir la pérennité à terme de l'entreprise). Les salariés, pour leur part, ne sont que rarement associés aux enjeux parfois colossaux des plus-values : au mieux une prime de quelques centaines d'euros ou un intéressement amélioré.

Pourtant, l'Association Française des Investisseurs en Capital (AFIC) a signé une charte qui acte le principe de 6 engagements, dont la « promotion du dialogue social » et la « promotion du partage de la création de valeur ». Des mesures qu'il faut maintenant faire vivre et que les représentants des salariés doivent défendre, en s'appuyant sur leur expert pour accéder à une information économique pertinente.

 

*Le LBO, de l’anglais « Leverage Buy-Out », est un terme générique désignant un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier (« leverage »), c’est-à-dire par recours à un fort endettement bancaire.

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