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Nous l’avons tous constaté : la crise n’épargne plus les banques françaises. De la crise de la dette souveraine de la zone euro à la rupture de l’accès à certaines sources de financement en dollars, de la mise en difficulté de grands Etats européens à la résurgence de scénarios de nationalisation partielle des banques, les motifs d’inquiétude ne cessent de s’accumuler. La violence du choc laisse les salariés, notamment ceux du secteur bancaire, face à de nombreuses interrogations. Que se passe-t-il réellement ? Les banques françaises sont-elles en danger ? Quels impacts sur leur santé financière, sur leur stratégie et sur l’économie française ? Face à des questions aussi essentielles, SECAFI, dans le cadre des rencontres que le Cabinet organise régulièrement, a convié les salariés du secteur bancaire à assister à une soirée-débat, donnant la parole à trois experts : Olivier Pastré, Professeur d’Economie et spécialiste du système bancaire, Jacky Fayolle, Directeur du Centre Etudes et Perspective du Groupe ALPHA, et Arnaud Pornin, Directeur Associé de SECAFI, spécialiste du secteur Services financiers. Revue de détail d’un débat animé qui aura rassemblé quelque 80 personnes. |
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Pour Jacky Fayolle (à gauche sur la 1e photo), « ce à quoi nous avons assisté au cours de l’année 2011, c’est l’épuisement des politiques mobilisées pour contrer la récession de 2008/2009 et des politiques mobilisées pour assurer la reprise consécutive. Cela remet au premier plan des préoccupations fondamentales : la solvabilité des acteurs économiques et financiers ; l’aversion au risque des investisseurs ; la compétitivité des économies nationales. Des préoccupations essentielles, non résolues par les différents sommets européens qui se sont succédé depuis le printemps 2010. Quelques bonnes mesures, certes, sont intervenues, telle celle, en juillet dernier, ratifiant – laborieusement – la réforme du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Mais elles sont bien insuffisantes, au regard notamment des difficultés que les Etats européens – France et Allemagne en tête – rencontrent, au fil des sommets européens, pour rassurer les marchés. En effet, dès lors que le jugement des marchés s’exerce à l’encontre des grands Etats, le retour de bâton, par la dévalorisation effective ou latente des dettes publiques, frappe de plein fouet les banques depuis l’été dernier. Les déclassements des dettes italienne et espagnole, la menace sur la notation de la France, Etat le plus endetté parmi les derniers détenteurs de la meilleure note, participent de ce mouvement. Le sommet européen d’octobre dernier a adopté un ensemble coordonné de mesures pour restaurer la confiance dans le secteur bancaire. Les banques sont incitées à mobiliser du capital privé et des ressources internes, par voie de restructurations et de limitation de la distribution de bonus et de dividendes, pour se recapitaliser sans réduire à l’excès leur portefeuille d’actifs. Au-delà, les Etats européens ont insisté sur la nécessité d’améliorer l’accès des banques à des ressources de moyen et long termes afin d’éviter un rationnement durable du crédit, surtout de la part de grands groupes bancaires. C’est là un engagement qui ne va pas de soi. D’ici la mi 2012, nombre de banques seront tentées de couper dans leurs actifs, pénalisant d’autant les ménages et les entreprises… et l’activité économique. Et les syndicats ont un rôle à jouer. »
Pour Olivier Pastré (au milieu sur la photo), « on nous ment et il serait temps de faire de la pédagogie. La crise grecque, c’est positif, car, enfin, les dirigeants ont peur. Enfin, ils vont faire des réformes. Depuis 2008, les G20 n’ont rien fait d’important. Quelles sont les causes de la crise ? Principalement, le déséquilibre entre les Chinois qui travaillent, économisent et achètent des bons de trésor américains et les Américains qui vivent au-dessus de leurs moyens. Les réformes actuelles sont inadaptées. C’est donc effectivement aux syndicats d’avoir un rôle à jouer – et je suis entièrement d’accord avec mon voisin -. Pourquoi interdire aux assureurs d’acheter les actions ? Pourquoi vouloir couper en deux les banques ? C’est absurde ! C’est aux salariés des banques et aux représentants du personnel du secteur bancaire de dire que les banques de dépôt, c’est une solution et que la crise ne doit pas provoquer l’exclusion des ménages et des entreprises les plus fragiles. »
Enfin, Arnaud Pornin (à droite sur la photo) a analysé les impacts de la crise du secteur bancaire sur les salariés. En trois ans, les banques françaises ont perdu 6 000 emplois et connaissent des tensions en termes de dialogue social et de conditions de travail. L’impact de la crise sera différent selon les activités : les financements à long terme, les activités de marché, voire la gestion d’actifs, voient leur modèle économique remis en question. Selon le caractère temporaire ou durable des difficultés, les banques prendront des mesures d’adaptation ou reverront plus profondément l’organisation des métiers.
Alors, que peuvent faire les instances représentatives du personnel du secteur bancaire ? D’abord, renforcer leurs réseaux d’échanges et d’information en s’appuyant sur les ressources d’expertise, tant internes qu’externes ! Ensuite, alors que l’on entend tout et son contraire, décrypter les évolutions des métiers de la banque pour les expliquer aux salariés mais aussi au « grand public ».
Pour cela, ne pas hésiter à demander des explications aux dirigeants des banques sur leurs décisions, même si l’usage du droit d’alerte pour obtenir ces éclaircissements peut être à double tranchant. Enfin, parce que c’est un problème de place européen, trouver des relais d’expression et d’influence à ce niveau. Donc, marier vigilance et pédagogie.