Accueil > Infos > Point de vue
Organisée du 29 novembre au 10 décembre 2010, la Conférence de Cancún sur le changement climatique s’est clôturée par la signature d’un accord approuvé par tous les Etats, à l’exception de la Bolivie. Texte de compromis, cet accord témoigne des efforts entrepris par les 194 pays signataires de la Convention des Nations Unies sur le changement climatique pour préserver le multilatéralisme onusien et rompre avec le défaitisme, né de l’échec de Copenhague.
Daniel Geneste : C’est la première fois que je participais à un tel Sommet, qui est, vous le pensez bien, une énorme machine. Nous avons eu un temps nécessaire de repérage et d’appropriation de ses mécanismes, de son fonctionnement, de son organigramme et de ses rouages. Il nous fallait cibler les lieux où l’essentiel se passait, là où il fallait être. Autant de temps gagné pour les prochains Sommets ! Et je dois avouer que l’expertise que Natacha Seguin et Urbana Gonçalves nous a apporté a été nécessaire.
Au-delà de la forme, ce que je retiens de Cancùn, c’est la tournure, inattendue, que la Conférence a prise, dès l’ouverture des négociations, avec l’annonce du retrait du texte du volet social lié au travail. Cela nous a fait l’effet d’une bombe et cela nous a conduits, dès notre arrivée, à changer radicalement notre stratégie et à réorienter notre action. Au final et au prix d’un investissement sans faille du mouvement syndical, sa réintégration est une vraie victoire. Certes, on peut dire : « il contente de peu », mais ce serait oublier que, face à la volonté très affirmée des pays développés de retirer toute référence à une transition juste vers une économie bas carbone et au lobbying considérable en ce sens des organisations patronales et du business, notre combat légitime le rôle et la place du syndicalisme sur ces enjeux climatiques. Ce fut un affrontement, il faut se le dire ! Sur ce plan, on peut dire, sans rougir, que la Conférence de Cancun est un succès.
Daniel Geneste : Pour les satisfécits, j’en vois trois :
Pour les regrets, il y en a naturellement mais je m’arrêterai sur le principal, à mes yeux : la Conférence de Cancùn s’est résolument limitée à une position de transition vers la Conférence de Durban de décembre prochain, dominée par le syndrome de Copenhague. Rien n’a été fait pour instaurer des mesures contraignantes sur les réductions de GES. Il nous faudra encore attendre une année pour aller plus loin, de même que sur des financements concrets et additionnels, et plus seulement des affichages ! Il y a aussi cette incapacité européenne à parler d’une seule voix… !
Daniel Geneste : Si je me place de leur côté, je pense que cela a été une expérience extraordinaire, du fait du cadencement des journées, avec des débriefings tous les matins sur ce qui s’était passé la veille et sur les décisions à prendre pour la journée, avec des échanges nourris avec des syndicats du monde entier... Je pense qu’elles ont engrangé, en dix jours, un vécu original et enrichissant. (Lire l'interview de Natacha Seguin et urbana Gonçalves sur www.groupe-alpha.com)
En ce qui me concerne, je dirais que, nous les syndicalistes, nous avons besoin d’une présence experte pointue à nos côtés sur de tels enjeux. Sans leur capacité à fouiller le moindre aspect technique, il nous aurait été difficile d’être synthétiques et d’aller aussi vite vers l’analyse juste. Notre rôle premier est de défendre les intérêts des salariés, dans leur entreprise, mais nous avons à nous impliquer également dans les grands débats de la société, car ils façonnent les choix en entreprises. Or, pour cela, il faut acquérir des compétences techniques très diversifiées. Nous ne pouvons tout faire nous-mêmes. Nous avons besoin d’une expertise technique et l’apport d’experts, tels ceux du Groupe ALPHA, est indispensable.
Daniel Geneste : Cancùn a préservé l’essentiel : le processus débuté à Kyoto qui était compromis au départ. Dans le texte finalisé, tout est ouvert sur d’éventuelles négociations sur une étape 2 au protocole de Kyoto. Il nous faut, sans aucun doute, prendre l’offensive pour aller plus loin, tant en ce qui concerne l’adoption de dispositions contraignantes qu’en ce qui concerne les moyens de financement. Nous sommes favorables à la taxation des transactions financières. C’était nos deux axes syndicaux pour Cancùn, le retrait du volet social, transition juste, a modifié notre plan, nous obligeant à une défensive et à une résistance. Nous allons remettre ça sous les feux de l’actualité. Il est en effet temps de se pencher sérieusement sur cette question cruciale et d’être offensif.
En arrière-plan, est ainsi posée la question de nouvelles modalités et finalités des productions, d’un concept économique alternatif. C’est en cela qu’il y a une articulation syndicale à concrétiser avec le quotidien en entreprise. Et là, la capacité d’expertise, les éclairages - par exemple au travers des contenus d’expertises CHSCT et CE ou des angles de responsabilisation sociale et environnementale des entreprises à explorer - que votre Groupe peut apporter aux militants, peuvent s’avérer précieux à l’activité syndicale.
Enfin, ne nous leurrons pas, l’accord de Cancùn reste un accord déséquilibré. C’est la raison pour laquelle nous partageons la demande de la CSI aux gouvernements « d’élever leur niveau d’ambitions et de se remettre rapidement autour de la table pour corriger ces déséquilibres et pour que la Conférence Durban, en décembre prochain, débouche sur un texte ambitieux pour le climat et le social, significatif en termes de mesures contraignantes et réaliste en termes financiers ! »